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  JEUNE RESISTANCE 21


NOUS VIVONS UNE ÉPOQUE FORMIDABLE :

L'Europe des régions, un combat d'avenir.

Cette année 2000 aura été, pour nous, riche en bouleversements politiques de toutes sortes. Force est de constater que l'échiquier politique hérité des années 80 est en train de voler en éclats. En moins d'un an nous avons assisté à : l'éclatement du FN, l'apparition de l'éphémère RPF, la création du MNR, l'affermissement des valeurs et des idées de gauche dans le débat politique couplé à l'abandon par la droite molle de ses propres "valeurs". Reprise économique et triomphe médiatique de la société multiraciale symbolisée par les victoires de l'équipe de France de football... autant de phénomènes nouveaux qui nous amènent à repenser nos positionnements idéologiques conformément aux valeurs qui fondent notre combat .

 

         Les nationalistes français ont toujours eu du mal à distinguer le concept républicain d'Etat-nation et la notion de peuple, entretenant ainsi l'équivoque entre deux conceptions contradictoires de l'identité française. L'une, héritière des Lumières, fonde la nationalité sur une démarche volontaire d'adhésion, entérinée par une reconnaissance administrative. L'autre, filiale, définit la France par le substrat humain qui la compose, celte, germain, latin. Or, la France charnelle semble aujourd'hui morte, effacée devant la France républicaine, bourgeoise, maçonnique et universaliste. Prendre en compte ce paramètre est fondamental pour expliquer les échecs successifs de notre courant de pensée. La confusion entre France et République nous a désorienté tout au long de notre combat, pour aboutir sur une impasse. En défendant la France on défendait la République. Ainsi, dans nos luttes et nos engagements, nous soutenions un système dont les fondements idéologiques sont aux antipodes des nôtres. Situation absurde, rappelant celle des Russes morts pour défendre l'Union sovié tique au nom de la Sainte Russie.

Depuis deux siècles, la république s'acharne à gommer les spécificités humaines et culturelles qui font la France. La création des départements, découpage purement administratif, défigure les régions et provinces réelles, incompatibles avec l'idéal universel des droits de l'homme. Puisque que les hommes doivent être égaux, il faut les transformer en citoyens sans héritage, sans racine. Dans les écoles républicaines un véritable lavage de cerveaux a été entrepris pour substituer à la filiation charnelle que les peuples entretenaient avec leur culture, leur langue et leur terre la filiation conceptuelle et désincarnée d'une citoyenneté Française. Un bon nombre de nos concitoyens ont fini par oublier qui ils étaient, pour ne plus s'identifier que dans la France, la France des républicains, des Chevè nement et des Pasqua, la France des Attali et des Fabius, la France des Zidane et des Turam.

Pourtant la France, ce n'est ni l'académie Française, ni Paris, ni le Crazy horse ou les droits de l'homme. La France est un ensemble de peuples que les hasards et les drames de l'histoire ont réuni. La France sans ces peuples n'est qu'un bout de terre sans intérêt, un champ de patates en friche. Les Bretons, les Corses, les Alsaciens, les Savoyards, les Occitans, les Normands, les Flamands ne sont pas les fils de la France. C'est la France qui est leur fille. Une fille gâtée sans mémoire et sans reconnaissance, qui sacrifie ses pères sur l'autel de la république pour mieux s'adonner à ses caprices universalistes.

 

         Une fois la dérive suicidaire de la France diagnostiquée, quelle alternative s'offre à nous ? Le combat régionaliste s'avère répondre parfaitement à nos aspirations identitaires. On ne peut pas vouloir le bien de la France sans prendre en compte les revendications corses, bretonnes, basques... Sommes-nous vraiment attachés à la France ? Plongeons au plus profond de nos convictions et cherchons les réelles motivations de notre engagement. Est-ce vraiment la cocarde et le drapeau bleu blanc rouge ?  Bien sû r que non.

         La république est entrée dans une logique funeste. L'Etat français cède du terrain, semble de plus en plus absent dans le quotidien des Français. Il a perdu son éclat révolutionnaire. Il disparaît par le haut en s'intégrant dans l'Europe, et par le bas en laissant les cités s'enflammer. La corruption transpire par toutes ses pores. Les gens sentent qu'il n'y a plus rien au-dessus d'eux. Alors ici ou là, on voit de vieilles revendications ressurgir. On ressort les anciens drapeaux, mis au grenier lorsque la France faisait miroiter monts et merveilles. On réclame un département basque, qui deviendra inexorablement une région. Des élus alsaciens demandent la suppression des départements du Haut Rhin et du Bas Rhin pour reconstituer administrativement la région alsacienne. D'autres élus, bretons ceux-la, demandent la réintégration de Nantes à la Bretagne. Un mouvement savoyard a réussi à faire reconnaître par l'ONU l'annexion illé gale de la Savoie par la France. Tous ces signes ne mentent pas, quelque chose est en train de se produire.

Les pourparlers engagés entre l'assemblée corse et le gouvernement sont porteurs d'un incroyable espoir. Si jamais ils aboutissent, c'est une brèche ouverte dans le jacobinisme parisien, une brèche dans laquelle nous devons nous engouffrer. Finis les postures souverainistes et les discours sur la république une et indivisible. Chacun à notre niveau nous devons défendre et promouvoir toutes les initiatives contrariant la logique d'intégration républicaine. Les militants de province doivent orienter leur action vers des revendications identitaires locales de type autonomiste ou indépendantiste. Ceux qui se trouvent à Paris doivent, quant à eux, défendre un discours girondin appelant l'Etat à se reformer par la tête pour s'orienter vers une solution fédéraliste. Ces positions porteuses d'avenir ont également le mérite de nous démarquer des positions ringardes de la droite traditionnelle. Si nous loupons le coche du régionalisme, soyons certain que les mouvements autonomistes qui apparaîtrons dans l'avenir (et il y en aura de plus en plus) seront contrôlés par l'extrême-gauche. Rappelons-nous de l'exemple vivant du combat écologiste. Quand il fallait être écologiste, personne chez nous ne l'était. Quand on a commencé à comprendre les enjeux de ce combat, il était trop tard, les trotskistes avaient fait leur trou et noyauté la tendance.

 

Mais pour vaincre le centralisme jacobin, il faut aussi savoir jouer des circonstances et voir loin. Il est indéniable que le processus d'intégration européenne, affaiblissant le pouvoir central français, a soulevé la chape de plomb qui asphyxiait les aspirations identitaires des minorités régionales. L'Europe de Bruxelles, n'a pas que des mauvais coté s.

         Ici encore, un repositionnement est à opérer vis à vis de l'Union Européenne. Longtemps nous nous sommes opposés à " l'Europe de Maastricht ", la considérant comme un instrument d'intégration mondialiste. Or, si cette Europe demeure mal définie et diplomatiquement soumise, le projet ré publicain pour la France est bien plus dangereux.

Nos frères italiens, allemands, espagnols sont beaucoup moins réceptifs au rêve cosmopolite, imposé en France par le pouvoir et les médias. Le système bureaucratique jacobin est rejeté par tous les pays européens, avec ses sacro-saints services publics, et ses centaines de milliers de permanents syndicaux trotskistes (sans parler des six millions de fonctionnaires qui, tenus par le porte-monnaie, contribuent à pervertir le jeu électoral). Les militants des différentes associations ou syndicats de gauche comme Ras le Front, SUD, le DAL sont tous entretenus par les mannes de l'Etat républicain Français. Tous ces organismes sont, en fait, les relais officieux du pouvoir pour orienter la contestation sociale sur des voies acceptables, c'est-à-dire républicaines et universalistes. Seule l'Europe nous offre la possibilité de sortir de ce carcan infernal dans lequel nous nous débattons. En pressant une réforme de l'Etat, Bruxelles tente de faire plier la France aux règles communément appliqué es dans le reste de l'Europe.

Partout en Europe, les minorités régionales jouissent d'une certaine autonomie. En Allemagne, les landers ont un pouvoir législatif, il en va de même en Espagne. L'Angleterre a récemment octroyé à l'Ecosse une large autonomie. Partout en Europe les véritables identités sont reconnues et protégées. Seule la France persiste à défendre son idéal dé suet d'Etat nation.

 

Bien sûr, l'Europe a des défauts, mais mis en parallèle avec ceux de la France, ils semblent minces. Nous avons donc tout intérêt à accélérer le processus d'intégration Européenne. Et pourquoi ne par rêver d'une France fédérale, d'une Europe aux cents drapeaux ? L'Europe des régions de Brest à Vladivostok.

Compagnons, rêvons un peu et l'avenir nous ouvrira ses bras. Cessons de fouetter un cheval mort, la France jacobine, et tournons-nous vers le futur. Défendons la diversité des peuples européens. Nourrissons l'engouement de certaines régions françaises à se libérer du joug ré publicain.

 

Karl Hauffen