Cette
année 2000 aura été, pour nous, riche en bouleversements
politiques de toutes sortes. Force est de constater que
l'échiquier politique hérité des années 80 est en train de
voler en éclats. En moins d'un an nous avons assisté à :
l'éclatement du FN, l'apparition de l'éphémère RPF, la
création du MNR, l'affermissement des valeurs et des idées
de gauche dans le débat politique couplé à l'abandon par la
droite molle de ses propres "valeurs". Reprise
économique et triomphe médiatique de la société
multiraciale symbolisée par les victoires de l'équipe de
France de football... autant de phénomènes nouveaux qui
nous amènent à repenser nos positionnements idéologiques
conformément aux valeurs qui fondent notre combat
.
Les
nationalistes français ont toujours eu du mal à distinguer
le concept républicain d'Etat-nation et la notion de peuple,
entretenant ainsi l'équivoque entre deux conceptions
contradictoires de l'identité française. L'une, héritière
des Lumières, fonde la nationalité sur une démarche
volontaire d'adhésion, entérinée par une reconnaissance
administrative. L'autre, filiale, définit la France par le
substrat humain qui la compose, celte, germain, latin. Or, la
France charnelle semble aujourd'hui morte, effacée devant la
France républicaine, bourgeoise, maçonnique et
universaliste. Prendre en compte ce paramètre est fondamental
pour expliquer les échecs successifs de notre courant de
pensée. La confusion entre France et République nous a
désorienté tout au long de notre combat, pour aboutir sur
une impasse. En défendant la France on défendait la
République. Ainsi, dans nos luttes et nos engagements, nous
soutenions un système dont les fondements idéologiques sont
aux antipodes des nôtres. Situation absurde, rappelant celle
des Russes morts pour défendre l'Union sovié
tique au nom de la Sainte Russie.
Depuis
deux siècles, la république s'acharne à gommer les
spécificités humaines et culturelles qui font la France. La
création des départements, découpage purement
administratif, défigure les régions et provinces réelles,
incompatibles avec l'idéal universel des droits de l'homme.
Puisque que les hommes doivent être égaux, il faut les
transformer en citoyens sans héritage, sans racine. Dans les
écoles républicaines un véritable lavage de cerveaux a
été entrepris pour substituer à la filiation charnelle que
les peuples entretenaient avec leur culture, leur langue et
leur terre la filiation conceptuelle et désincarnée d'une
citoyenneté Française. Un bon nombre de nos concitoyens ont
fini par oublier qui ils étaient, pour ne plus s'identifier
que dans la France, la France des républicains, des Chevè
nement et des Pasqua, la France des Attali et des Fabius, la
France des Zidane et des Turam.
Pourtant
la France, ce n'est ni l'académie Française, ni Paris, ni le
Crazy horse ou les droits de l'homme. La France est un
ensemble de peuples que les hasards et les drames de
l'histoire ont réuni. La France sans ces peuples n'est qu'un
bout de terre sans intérêt, un champ de patates en friche. Les
Bretons, les Corses, les Alsaciens, les Savoyards, les
Occitans, les Normands, les Flamands ne sont pas les fils de
la France. C'est la France qui est leur fille. Une fille
gâtée sans mémoire et sans reconnaissance, qui sacrifie ses
pères sur l'autel de la république pour mieux s'adonner à
ses caprices universalistes.
Une
fois la dérive suicidaire de la France diagnostiquée, quelle
alternative s'offre à nous ? Le combat régionaliste
s'avère répondre parfaitement à nos aspirations
identitaires. On ne peut pas vouloir le bien de la France
sans prendre en compte les revendications corses, bretonnes,
basques... Sommes-nous vraiment attachés à la France ?
Plongeons au plus profond de nos convictions et cherchons les
réelles motivations de notre engagement. Est-ce vraiment la
cocarde et le drapeau bleu blanc rouge ?
Bien sû
r que non.
La république est entrée dans
une logique funeste. L'Etat français cède du terrain, semble
de plus en plus absent dans le quotidien des Français. Il a
perdu son éclat révolutionnaire. Il disparaît par le haut
en s'intégrant dans l'Europe, et par le bas en laissant les
cités s'enflammer. La corruption transpire par toutes ses
pores. Les gens sentent qu'il n'y a plus rien au-dessus d'eux.
Alors ici ou là, on voit de vieilles revendications
ressurgir. On ressort les anciens drapeaux, mis au grenier
lorsque la France faisait miroiter monts et merveilles. On
réclame un département basque, qui deviendra inexorablement
une région. Des élus alsaciens demandent la suppression des
départements du Haut Rhin et du Bas Rhin pour reconstituer
administrativement la région alsacienne. D'autres élus,
bretons ceux-la, demandent la réintégration de Nantes à la
Bretagne. Un mouvement savoyard a réussi à faire
reconnaître par l'ONU l'annexion illé
gale de la Savoie par la France. Tous ces signes ne mentent
pas, quelque chose est en train de se produire.
Les
pourparlers engagés entre l'assemblée corse et le
gouvernement sont porteurs d'un incroyable espoir. Si jamais
ils aboutissent, c'est une brèche ouverte dans le jacobinisme
parisien, une brèche dans laquelle nous devons nous
engouffrer. Finis les postures souverainistes et les discours
sur la république une et indivisible. Chacun à notre
niveau nous devons défendre et promouvoir toutes les
initiatives contrariant la logique d'intégration
républicaine. Les militants de province doivent orienter
leur action vers des revendications identitaires locales de
type autonomiste ou indépendantiste. Ceux qui se trouvent à
Paris doivent, quant à eux, défendre un discours girondin
appelant l'Etat à se reformer par la tête pour s'orienter
vers une solution fédéraliste. Ces positions porteuses
d'avenir ont également le mérite de nous démarquer des
positions ringardes de la droite traditionnelle. Si nous
loupons le coche du régionalisme, soyons certain que les
mouvements autonomistes qui apparaîtrons dans l'avenir (et il
y en aura de plus en plus) seront contrôlés par
l'extrême-gauche. Rappelons-nous de l'exemple vivant du
combat écologiste. Quand il fallait être écologiste,
personne chez nous ne l'était. Quand on a commencé à
comprendre les enjeux de ce combat, il était trop tard, les
trotskistes avaient fait leur trou et noyauté
la tendance.
Mais
pour vaincre le centralisme jacobin, il faut aussi savoir
jouer des circonstances et voir loin. Il est indéniable que
le processus d'intégration européenne, affaiblissant le
pouvoir central français, a soulevé la chape de plomb qui
asphyxiait les aspirations identitaires des minorités
régionales. L'Europe de Bruxelles, n'a pas que des mauvais
coté
s.
Ici encore, un
repositionnement est à opérer vis à vis de l'Union
Européenne. Longtemps nous nous sommes opposés à "
l'Europe de Maastricht ", la considérant comme un
instrument d'intégration mondialiste. Or, si cette Europe
demeure mal définie et diplomatiquement soumise, le projet
ré
publicain pour la France est bien plus dangereux.
Nos
frères italiens, allemands, espagnols sont beaucoup moins
réceptifs au rêve cosmopolite, imposé en France par le
pouvoir et les médias. Le système bureaucratique jacobin est
rejeté par tous les pays européens, avec ses sacro-saints
services publics, et ses centaines de milliers de permanents
syndicaux trotskistes (sans parler des six millions de
fonctionnaires qui, tenus par le porte-monnaie, contribuent à
pervertir le jeu électoral). Les militants des différentes
associations ou syndicats de gauche comme Ras le Front, SUD,
le DAL sont tous entretenus par les mannes de l'Etat
républicain Français. Tous ces organismes sont, en fait, les
relais officieux du pouvoir pour orienter la contestation
sociale sur des voies acceptables, c'est-à-dire
républicaines et universalistes. Seule l'Europe nous offre la
possibilité de sortir de ce carcan infernal dans lequel nous
nous débattons. En pressant une réforme de l'Etat, Bruxelles
tente de faire plier la France aux règles communément
appliqué
es dans le reste de l'Europe.
Partout
en Europe, les minorités régionales jouissent d'une certaine
autonomie. En Allemagne, les landers ont un pouvoir
législatif, il en va de même en Espagne. L'Angleterre a
récemment octroyé à l'Ecosse une large autonomie. Partout
en Europe les véritables identités sont reconnues et
protégées. Seule la France persiste à défendre son idéal
dé
suet d'Etat nation.
Bien
sûr, l'Europe a des défauts, mais mis en parallèle avec
ceux de la France, ils semblent minces. Nous avons donc tout
intérêt à accélérer le processus d'intégration
Européenne. Et pourquoi ne par rêver d'une France
fédérale, d'une Europe aux cents drapeaux ? L'Europe des
régions de Brest à
Vladivostok.
Compagnons,
rêvons un peu et l'avenir nous ouvrira ses bras. Cessons de
fouetter un cheval mort, la France jacobine, et tournons-nous
vers le futur. Défendons la diversité des peuples
européens. Nourrissons l'engouement de certaines régions
françaises à se libérer du joug ré
publicain.